Africa Fashion: la créativité africaine à l’honneur à Londres au Victoria & Albert Museum

par | 1 octobre 2022 | Mode

L’ambition d’Africa Fashion est de raconter des histoires africaines à travers des vêtements, des tissus, des photographies. Le parti pris affiché dans le mémo d’introduction traduit la volonté d’expliquer les liens étroits entre la mode et la politique.

Un concentré magistral de mode et d’histoire africaine

Il est actuellement possible de découvrir à Londres au Victoria et Albert Museum, un concentré magistral de mode et d’histoire africaine. Et, il convient de saluer l’effort d’exhaustivité. Des créateurs des quatre coins de l’Afrique, du nord au sud, d’est en l’ouest, ont été réunis dans une exposition inédite. On peut noter une belle représentation du Nigéria, du Ghana et de l’Afrique du Sud, On retiendra surtout l’engagement pédagogique à l’origine de cette exposition. Il ne s’agit pas seulement de montrer de jolies pièces de collection. Il s’agit de raconter l’histoire du continent à travers sa créativité, d’utiliser le vêtement comme un témoin du passé, de montrer comment des événements historiques majeurs ont eu une influence forte sur l’évolution de la créativité des artistes africains. La scénographie impeccable, soutenue par une harmonie de nudes et illuminée d’une touche de rose fluo, est une invitation à la promenade joyeuse dans l’enceinte du Victoria & Albert Museum.

L’enjeu d’une telle exposition est de former un ensemble cohérent avec des pièces de collections qui ont été créées à différentes époques par différents designers. Il faut trouver le mode d’expression le plus juste pour rendre un hommage digne à des artistes de talents trop souvent invisibilisés. Projection de vidéos, mise en scène de mannequins, accrochage de photos, toutes les possibilités ont été exploitées comme pour accentuer l’effet de multitude, d’accumulation, de profusion. Comment représenter la mode africaine? Comment représenter une somme infinie d’influences réunies dans un continent qui fait 3 fois la taille de l’Europe? Le travail des curateurs est ici tout aussi important que celui des designers. A Paris, les musées présentent régulièrement des rétrospectives dédiées aux grands créateurs. Un archivage méthodique et minutieux de pièces de collections, d’écrits, de croquis d’artistes telles que Gabrielle Chanel ou Elsa Schiaparelli rend possible la production d’expositions récurrentes et majestueuses.

L’arrivée de la mode dans les Musées a toujours fait débat car cette discipline n’est pas considérée comme un art majeur au même titre que la peinture ou la sculpture. L’exposition Africa Fashion est un événement car elle vient reconnaître la créativité africaine et lui offrir une mise en scène grandiose, un moment sur la scène internationale et sous les projecteurs du monde entier.

Lisa Folawiyo – VA Museum

Mode et Politique africaine

La doctorante Christine Checinska est la curatrice de cet événement inédit. Sa thèse “Coloninzin’ in reverse”, publiée en 2009, explore l’influence des Caraïbes sur le vestiaire masculin britannique et nous invite à questionner la relative absence de diversité culturelle dans les études sur la mode et les textiles. C’est tout naturellement qu’elle a collaboré avec des experts et des artistes basés sur le continent africain pour donner vie à cette exposition.

De 1960 à nos jours, l’exposition est présentée selon une chronologie africaine avec un démarrage symbolique dans les années 60 quand les premiers gouvernements indépendants sont formés. Ce moment charnière de libéralisation est synonyme d’explosion créative. Les hommes politiques s’emparent de la mode comme d’un moyen d’exprimer les nationalités durement acquises. L’exposition démarre sur l’accès au pouvoir du Premier Ministre Kwame Nkrumah au Ghana en 1957. Il arbore fièrement une tenue typiquement ghanéenne, drapé dans un kente, un tissage traditionnel réalisé par des artisans minutieux. Chaque motif a une signification et permet de faire passer des messages.

Le vêtement ghanéen est ici à considérer comme un révélateur de fierté nationale. Il n’était pas question de porter un costume 3 pièces britannique pour se présenter au peuple ghanéen nouvellement libéré et au reste du monde. On apprend que le nouveau Premier Ministre du Ghana choisissait ses motifs avec grand soin. Le dessin Adwini asa qui signifie « I have done my best » était l’un de ses motifs favoris. Cet acte fondateur qui pourrait paraître anodin a permis de donner des lettres de noblesse à l’artisanat ghanéen.

Le créateur Imane Ayissi, membre invité de la Fédération Française de la Haute Couture depuis 2019, utilise le kente ghanéen dans ses collections notamment pour l’une de ses pièces iconiques, le manteau “Asseulènn”. Virgil Abloh a aussi rendu hommage au drapé typiquement ghanéen dans sa collection Homme Louis Vuitton présentée en janvier 2021. Le kente ghanéen serait-il entré dans l’histoire de la mode internationale? La question est posée. Le premier festival des arts nègres aura lieu en 1966 à l’initiative du premier président du Sénégal Léopold Sedar Senghor. L’ambition de cette initiative était de « parvenir à une meilleure compréhension internationale et interraciale, d’affirmer la contribution des artistes et écrivains noirs aux grands courants universels de pensée et de permettre aux artistes noirs de tous les horizons de confronter les résultats de leurs recherches ». Plus qu’une présentation de savoir-faire, cette exposition permet de contextualiser la mode africaine. Un travail de recherche collaboratif a été nécessaire pour retranscrire de façon authentique une histoire de mode peu connue sans tomber dans les clichés.

Africa Fashion – VA Museum

Contemporains et doyens réunis

Les œuvres de différents artistes s’exposent sur deux étages, On retrouve les créateurs contemporains qui défilent régulièrement à la Fashion week de Lagos au premier étage. Les doyens de la mode africaine sont réunis dans des alcôves spécifiques au rez de chaussée du musée. Alphadi, le prince du désert fondateur du Fima, le festival international de la mode africaine, est présent aux côtés de Chris Seydou, le créateur malien engagé dans la promotion du tissage traditionnel de son pays d’origine, le bogolan.On retrouve les pièces de collections de Naïma Bennis pour un hommage appuyé aux créations marocaines et notamment au caftan sa pièce iconique.

La réussite de cette exposition réside dans la recherche d’exhaustivité sans clivage. Une Afrique unie dans un espace en dehors du continent pour célébrer la richesse de sa créativité. Une initiative ambitieuse à saluer.

Un moment éphémère remarquable qui a fait les gros titres dans les médias de référence du business de la mode. Il était grand temps qu’une telle entreprise voit le jour et marque le début d’événements récurrents de qualité sur le continent et dans le reste du monde. Il existe une multitude de sujets à explorer.

Le blog du musée propose une série d’articles détaillés sur les œuvres exposées. Un beau livre dédié à l’exposition est disponible à la vente en ligne et en librairie. Chaque détail a été étudié pour amplifier la portée de cette exposition en dehors des frontières du temps et de l’espace. Le succès d’une telle initiative est important pour définitivement convaincre les sceptiques de la nécessité d’une représentation exhaustive de toutes les modes sans jugement de valeur et sans classement

Maxhosa – VA Museum

 

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