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Comment Roselynd Laubhouet bâtit la nouvelle architecture du retail en Afrique

Roselynd Laubhouet redéfinit les contours du retail africain avec Nahyel Concept Store et de la marque de maroquinerie du même nom. Entre Dakar, Abidjan, et différentes grandes villes africaines, elle déploie des solutions de distribution pour les marques du continent. Pour la première fois en octobre 2026, elle exporte son concept à Paris avec l'initiative L'Afrique en scène.
Roselynd Laubhouet


De la finance internationale à la noblesse de la maroquinerie dakaroise

Rien ne prédestinait Roselynd Laubhouet à diriger un entreprise dans le secteur de la mode.  Titulaire d’un MBA en finance obtenus à Washington, elle a forgé ses compétences au sein de grandes institutions internationales avant de regagner le Sénégal. C’est à Dakar que son tempérament d’entrepreneure s’affirme.  Après avoir lancé l’agence de communication Yelena en 2013, puis Signare Conciergerie, la première conciergerie privée du pays, elle pose les fondations de ce qui deviendra Nahyel Concept Store en 2019.

Son rapport à la matière et au beau ne relève pourtant pas du hasard. Fille d’un architecte renommé dont elle aime décrypter les plans géométriques et initiée très jeune à l’art contemporain par sa mère lors des Biennales de Dakar, Roselynd a cultivé un œil aiguisé pour la structure et la ligne.

Elle développe un intérêt et une expertise du cuir, à travers la confection de cadeaux d’affaires haut de gamme destinés aux banques et institutions. Fascinée par la noblesse de cette matière, elle imagine rapidement ses propres modèles et crée la marque Nahyel :

  • Des sacs aux lignes architecturales, sculptés dans des cuirs nobles sélectionnés auprès des meilleures tanneries d’Italie lors du salon Lineapelle à Milan.
  • Des pièces d’exception peintes à la main en séries ultra-limitées, valorisant des peaux rares comme le python pour garantir l’exclusivité absolue à chaque cliente.
  • La mobilisation d’un réseau d’artisans maroquiniers hautement qualifiés à Dakar, formés pour rivaliser avec les standards de finition de la haute maroquinerie mondiale.

Pourquoi le talent ne suffit pas sans modèle économique pérenne

Maroquinerie Made in Senegal

L’intuition fondatrice de Nahyel Concept Store est née d’un constat lucide sur les failles structurelles de l’écosystème ouest-africain. En côtoyant les ateliers de la sous-région, la femme d’affaires mesure le fossé entre l’effervescence créative des stylistes et leur précarité financière :

  • Des créateurs au talent remarquable qui peinent à écouler leurs pièces en raison de marchés locaux trop étroits.
  • Une incapacité chronique à financer les fonds de roulement nécessaires pour honorer des volumes de commandes réguliers.
  • Une absence criante de notions de gestion élémentaires, du calcul des coûts de revient à la fixation des marges unitaires indispensables à la survie d’un atelier.

Pour briser ce plafond de verre, Roselynd installe son premier concept store en plein cœur du quartier d’affaires du Plateau à Dakar, face au ministère de l’Intérieur. L’espace refuse la logique du simple dépôt-vente passif. Il est conçu comme une pépinière commerciale exigeante, sélectionnant des créateurs prêts à s’engager dans une démarche d’élévation de leurs standards, d’amélioration de leurs finitions et de professionnalisation de leur image.

Des pop-ups à travers l’Afrique

Alors que la majorité des jeunes griffes africaines concentre ses efforts sur une reconnaissance immédiate à Paris ou New York, Roselynd Laubhouet fait le pari inverse de la proximité continentale. Après Dakar, elle ouvre une seconde vitrine permanente à Abidjan, avant de tester ses portants sur les marchés les plus dynamiques d’Afrique subsaharienne.

Cette conquête régionale s’appuie sur une pratique méthodique du retail nomade :

  • L’ancrage fidèle à Kinshasa : Invitée au forum d’affaires Makutano au sortir de la crise sanitaire, elle découvre un marché congolais de plus de 100 millions d’habitants, passionné d’élégance et doté d’un formidable pouvoir d’achat, où elle retourne fidéliser sa clientèle chaque année depuis cinq ans.
  • L’exploration est-africaine à Nairobi : Organisé en marge du Sommet France-Afrique, le pop-up kényan permet aux créateurs francophones de mesurer l’appétit de la clientèle anglophone pour leurs coupes, écoulant la quasi-totalité de leurs stocks en moins de quarante-huit heures.
  • La conquête du travel retail à Dakar : Grâce à une alliance stratégique nouée avec le groupe Lagardère Travel Retail, Nahyel installe les créateurs de son écosystème directement au sein des boutiques de l’Aéroport International Blaise Diagne, transformant les voyageurs d’affaires internationaux en acheteurs réguliers.

Pour la dirigeante, cette étape régionale n’est pas une option mais un prérequis indispensable. Elle permet aux marques d’éprouver leurs grilles tarifaires, de maîtriser les formalités douanières et logistiques complexes du commerce intra-africain et de générer la trésorerie nécessaire avant de s’exposer aux marchés du Nord.

De Dakar au Marais parisien avec l’alliance stratégique de Youssou N’Dour

Youssou N'dour

L’arrivée de Nahyel à Paris du 15 au 20 octobre 2026 à travers l’événement « Afrique en Scène » consacre une méthodologie longuement mûrie. Installé au 18 rue de Turenne, au cœur du Marais de la mode et du design, cette initiative ne se limite pas à une simple vente éphémère,  il orchestre une véritable démonstration de force culturelle et industrielle.

Pour maximiser l’impact de cette première parisienne, Roselynd a bâti une synergie puissante autour de la figure tutélaire de Youssou N’Dour et de son mythique Grand Bal de Bercy (accor arena) :

  • Le talk inaugural sur le soft power : Réunissant Youssou N’Dour, des représentants de l’IFC et de la direction de Lagardère Travel Retail, ce panel d’ouverture s’attaque au nœud du problème : comment transformer le talent brut en entreprises solides et exportables.
  • La curation panafricaine : Une vingtaine de marques issues de six pays, dont le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Togo, le Nigeria et le Kenya, exposent ensemble leur savoir-faire entre prêt-à-porter, maroquinerie, bijoux d’art et senteurs. Denise Mané, cofondatrice de la marque Sayana dont l’interview est disponible sur notre page dédiée aux interviews fait partie de la sélection.
  • L’immersion professionnelle en atelier : Soutenus par l’Ambassade de France, les créateurs consacrent deux journées complètes à visiter de grands ateliers parisiens et l’Institut Français de la Mode (IFM), afin d’assimiler les codes du luxe, les exigences de conformité technique et les processus d’industrialisation.

En associant la mode à la musique de Youssou N’Dour et aux récits télévisuels de la scénariste Kalista Sy (Maîtresse d’un homme marié), qui avait déjà propulsé les créations de la marque jusqu’à Washington via DHL, Roselynd illustre la force de frappe interdisciplinaire du soft power africain.

Pourquoi l’Afrique doit former ses propres champions du luxe

L’ambition portée par Roselynd Laubhouet dépasse le cadre des saisons de mode. En préparant déjà l’organisation à Dakar en mai 2027 du grand forum « ACT » (Agir) dédié à la mobilisation des capitaux pour les industries culturelles et créatives, la fondatrice entend réunir investisseurs, institutions bancaires et ministères pour débloquer les financements d’envergure.

Pour l’entrepreneure dakaroise, la mode ne se résume pas à une histoire de tissus ou d’apparats éphémères : les plus grands empires mondiaux se sont bâtis sur la maroquinerie et le vêtement. En dotant les créateurs africains de rigueur comptable, de vision logistique et d’espaces de distribution souverains, Roselynd trace la route vers l’émergence des conglomérats industriels de demain, capables de faire rayonner le savoir-faire du continent sur toutes les capitales du monde.


 

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