Paris s’impose comme l’épicentre de la scène contemporaine africaine
Pour sa onzième édition, la foire AKAA (Also Known As Africa) retrouve son écrin historique du 3e arrondissement de Paris. Non loin des salles du Carrousel du Louvre, c’est sous la verrière lumineuse du Carreau du Temple, au cœur du Marais, que collectionneurs, galeristes, artistes et passionnés d’art contemporain se donnent rendez-vous.
Depuis sa création, AKAA s’est imposée comme la première foire d’art contemporain et de design en France centrée sur les scènes africaines et leurs diasporas. L’événement refuse l’enfermement dans une étiquette géographique réductrice : il présente un écosystème ouvert sur le monde, où les artistes du continent dialoguent librement avec les scènes internationales d’Amérique latine, d’Europe ou des Caraïbes.
Cette édition 2026 marque une étape de maturité. Le marché de l’art africain ne cherche plus à prouver sa légitimité auprès des institutions occidentales. Il affirme sa solidité marchande, sa liberté curatoriale et sa capacité à dicter les grandes tendances esthétiques de demain.
Quand la matière et le textile deviennent le cœur de la réconciliation esthétique

Sitor Senghor
Pour cette session 2026, la direction artistique a été confiée au commissaire et acteur culturel reconnu Sitor Senghor. Sa proposition explore la matière sous toutes ses dimensions : sa charge mémorielle, ses symboles ancestraux et ses mutations plastiques.
Le parcours curatorial pose l’idée d’une réconciliation féconde :
- Réconcilier les médiums en abolissant la frontière artificielle entre arts visuels traditionnels, artisanat d’art, sculpture et design utilitaire.
- Réconcilier les mémoires individuelles et les blessures collectives pour transformer l’archive en matière vivante.
- Dépasser les clivages formels pour concevoir l’œuvre d’art comme un document tactile, capable d’activer l’émotion et le dialogue universel.
Dans cette grille de lecture, le textile et les fibres naturelles occupent une place d’honneur. Longtemps relégué aux marges de la création contemporaine, le travail de la trame et de l’étoffe est ici célébré comme une technologie de narration et de transmission souveraine.
Gabriel Dia et le pouvoir émotionnel du tissu suspendu
L’installation monumentale centrale de cette édition promet d’être l’un des moments les plus marquants de la foire. L’artiste visuel et photographe sénégalais Gabriel Dia dévoile Mother’s Heritage (L’Héritage Maternel), une œuvre immersive conçue pour dialoguer avec la monumentalité du Carreau du Temple.
Pour cette composition spatiale, Gabriel Dia a choisi d’imprimer des photographies grand format directement sur des lés textiles, suspendus dans les airs :
- L’exploration intime de la filiation maternelle et du deuil à travers le contact tactile et fluide de l’étoffe.
- La mise en scène de la vulnérabilité et de la tendresse masculine, rompant avec les représentations monolithiques du corps noir.
- La transformation de la photographie en sculpture flottante, où le passage de la lumière et le mouvement des visiteurs réactivent en permanence la mémoire du tissu.
En reliant la photographie argentique au drapé textile, l’artiste rappelle que le vêtement et l’image partagent la même fonction sacrée : conserver la trace de celles et ceux qui nous ont précédés.
AKAA PHOTO ou la célébration d’une mémoire visuelle en perpétuelle mutation
Pour célébrer le bicentenaire symbolique de la photographie, la foire inaugure cette année un nouvel espace dédié, intitulé AKAA PHOTO. Ce secteur spécialisé met en lumière la virtuosité des photographes du continent et de la diaspora qui documentent les métamorphoses du monde contemporain.
Cette section explore trois dynamiques majeures :
- Les mutations architecturales et sociologiques des mégapoles africaines, de Lagos à Kinshasa en passant par Abidjan et Johannesburg.
- La réinterprétation contemporaine des cérémonies rituelles, de la parure corporelle et des codes vestimentaires traditionnels.
- L’archivage critique des luttes politiques, des mémoires décoloniales et des libertés individuelles conquises par les nouvelles générations.
Ce focus confirme que l’image photographique africaine s’affirme comme une archive vivante d’autorité mondiale, indispensable pour comprendre le présent.
Pourquoi le design d’auteur et les débats économiques structurent le marché
Au-delà des œuvres picturales et sculpturales, AKAA accorde une visibilité stratégique aux éditeurs de design mobilier et d’objets d’artisanat d’exception. En mettant en valeur les créateurs de luminaires, de mobilier en bois précieux et de céramiques d’Afrique, la foire rappelle que l’art de vivre contemporain s’invente également depuis les ateliers d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique centrale et australe.
En parallèle du volet commercial, les rencontres publiques AKAA Rencontres rythment les journées autour de tables rondes stratégiques :
- Les mécanismes de cotation et de structuration du marché de l’art panafricain face aux maisons d’enchères mondiales.
- Le rôle des musées indépendants et des fondations privées locales dans la rétention des chefs-d’œuvre sur le sol africain.
- La propriété intellectuelle et la protection des motifs artisanaux à l’ère de l’intelligence artificielle.
Ces échanges offrent aux collectionneurs comme aux professionnels des clés d’analyse concrètes pour investir avec discernement et responsabilité.
Faire dialoguer l’art et la mode pour affirmer notre souveraineté culturelle
Pour les observateurs de la création réunis autour d‘Africa Fashion Tour, la programmation d’AKAA 2026 sonne comme une évidence. L’art contemporain et la mode mènent le même combat : réhabiliter la noblesse de la matière, valoriser le geste manuel et refuser l’uniformisation du regard imposée par le marché global.
Du 23 au 25 octobre 2026, Paris devient le carrefour où se redéfinissent les canons du style et de la pensée visuelle. En célébrant la mémoire par le textile et l’image sous la direction de Sitor Senghor, AKAA prouve que le patrimoine africain n’est pas un trésor figé dans le passé, mais une force vive taillée pour inspirer le monde entier.
Informations pratiques :
- Dates de l’événement : Du vendredi 23 au dimanche 25 octobre 2026 (vernissage professionnel sur invitation le jeudi 22 octobre).
- Lieu : Le Carreau du Temple, 4 rue Eugène Spuller, 75003 Paris.
- Accès transports : Métro Temple (ligne 3) ou République (lignes 3, 5, 8, 9, 11).
- Horaires d’ouverture : Vendredi et samedi de 12h00 à 20h00, dimanche de 12h00 à 18h00.
- Tarifs d’entrée : 16 € en plein tarif, 11 € en tarif réduit (gratuit pour les moins de 12 ans).
- Billetterie officielle : Réservations et accès coupe-file directement disponibles sur www.akaafair.com.






