Bâtir les imaginaires de l’Afrique de demain
L’image est une arme de construction massive. Dans l’industrie de l’événementiel culturel, elle est le premier levier du Soft Power. Serge Noukoué, fondateur du festival Nollywood Week, l’a compris très tôt. Pour ce Parisien de naissance qui a grandi avec un pied sur le continent, le fossé entre les réalités africaines et leur perception en Occident était une anomalie qu’il fallait corriger.
Un parcours hybride de la finance au 7e art
Le parcours de Serge Noukoué n’est pas celui d’un héritier du sérail cinématographique. C’est celui d’un entrepreneur pragmatique qui a fait ses armes dans des secteurs traditionnels avant de pivoter vers sa vocation.
« J’ai dû faire un parcours hybride. J’ai connu le salariat classique tout en développant le festival. Ce n’est pas évident quand on ne vient pas d’une famille qui baigne dans l’entrepreneuriat. »
Aujourd’hui, il se définit comme un entrepreneur culturel à temps plein. Mais au-delà du festival, Serge a structuré une véritable chaîne de valeur : distribution audiovisuelle (vente de films aux chaînes et plateformes), production de longs-métrages et gestion de talents (accompagnement d’acteurs et de réalisateurs).

Nollywood, une révolution philosophique
Le choix du nom “Nollywood” pour son festival parisien n’est pas anodin. Plus qu’une référence géographique au Nigeria, c’est un hommage à une révolution culturelle.
Pendant longtemps, le cinéma africain, notamment francophone, a été dépendant de financements et de regards extérieurs, produisant parfois des œuvres élitistes en décalage avec les aspirations du public local. Nollywood a renversé la table en proposant des films faits par les Africains, pour les Africains, avec une viabilité économique propre.
Cette philosophie de la “représentativité” est au cœur de la Nollywood Week. Le festival est conçu comme une fenêtre où l’on vient voir des histoires d’amour, des comédies et des récits de vie ordinaires, loin des clichés du drame social ou de la misère.
Le festival comme vitrine de l’écosystème
Pour sa 13e édition (mai 2026), le festival s’installe au cinéma L’Arlequin à Paris avec une ambition intacte. Pendant cinq jours, le public est invité à une immersion totale.
Les temps forts de l’édition 2026 :
- Compétition officielle : Des longs et courts-métrages soumis au vote du public et d’un jury d’experts.
- Le “Soft Power” par la technologie : Un panel crucial sur l’Intelligence Artificielle en Afrique, avec l’expert Malik Afegbua, pour discuter de la “décolonisation de l’IA” et de la représentativité des visages non-européens dans les algorithmes.
- Masterclasses et Talents : La présence de Thomas Ngijol comme parrain de cette édition, qui présentera son film “Indomptable” et échangera sur son parcours personnel.
- Nouveaux formats : Une exploration des “micro-dramas”, ces formats verticaux qui cartonnent sur mobile et redéfinissent la consommation d’images.
Le financement, le nerf de la guerre culturelle
Malgré treize éditions réussies, Serge Noukoué ne cache pas les défis persistants. Si le secteur des ICC génère des milliards de dollars à l’échelle mondiale, il reste le “parent pauvre” de l’investissement en Afrique par rapport à l’agriculture ou à la Fintech.
« S’il y a des investisseurs ou des mécènes parmi vos auditeurs, il faut passer la main à la poche. Les nouveaux récits ne se construisent pas par magie ; ils demandent de l’ingénierie et de l’expertise rémunérée à sa juste valeur. »
Le Soft Power africain, porté par l’Afrobeat, l’Amapiano et aujourd’hui le cinéma, prouve qu’il existe un marché massif. Pour Serge, l’enjeu est désormais de banaliser la présence des contenus africains en prime time sur les grandes chaînes internationales.
Une mission de partage
Serge Noukoué aime se comparer à un DJ : celui qui sélectionne les meilleurs morceaux pour les partager avec la foule. Son festival est cette platine où tournent les images d’une Afrique qui n’a plus besoin de permission pour exister sur les écrans du monde entier.
Qu’il s’agisse de comédies romantiques tournées à Zanzibar (comme sa production “Married to Work”) ou de récits urbains à Lagos, l’objectif reste le même : cultiver la fierté et offrir au public des miroirs où il peut enfin se reconnaître.
Informations Pratiques
La 13e édition de la Nollywood Week se tiendra du 6 au 10 mai 2026 au cinéma L’Arlequin, Paris.



