Avec plus de 100 épisodes enregistrés et la barre des 10 000 écoutes franchie, Africa Fashion Tour s’impose aujourd’hui comme le premier podcast francophone dédié à la mode et aux industries créatives africaines. Pour célébrer ce cap symbolique, retour sur le classement des cinq épisodes les plus plébiscités par notre communauté.
Le Podcast Africa Fashion Tour : tous les invités qui racontent l’industrie
Eric Raisina, designer textile ambassadeur des savoir faire malgaches
Entre la noblesse du raphia de son île natale et la finesse de la soie cambodgienne, le fondateur de la maison Eric Raisina incarne une vision poétique et exigeante du Slow Fashion, où la matière première dicte la naissance du vêtement.
Sébastien Bazémo, ambassadeur du made in Burkina Faso
Né en Côte d’Ivoire et installé au Burkina Faso depuis 2004, Sébastien Bazémo a réussi un coup de maître historique : rebaptiser, anoblir et imposer le Koko Dunda sur les podiums mondiaux.
Sidonie Latere, fondatrice du premier incubateur de mode du Congo Kinshasa
Sidonie Latere, fondatrice du premier incubateur du pays, Kobo Hub, puis de l’Institut Régional de la Mode (IRMA), cette créative devenue entrepreneure bouscule les modèles d’accompagnement traditionnels pour bâtir une véritable chaîne de valeur industrielle à Kinshasa.
Linda Alves Nunes, fondatrice de l’atelier Issé by Lita
De Malaga à Libreville, Linda Alves Nunes développe l’Atelier Issé by Lita en réhabilitant les techniques traditionnelles comme le travail du raphia et le bois martelé. Elle propose un vestiaire haut de gamme modulable et contemporain.
Bethsabée Gabbay, productrice culturelle entre l’Europe et l’Afrique
De la Halle Tropisme de Montpellier aux initiatives d’empowerment au Bénin, la trajectoire de Bethsabée Gabbay incarne cette nouvelle génération d’entrepreneurs culturels.
Derrière chaque marque, chaque défilé et chaque chiffre de marché que nous couvrons sur Africa Fashion Tour, il y a une personne qui a pris le risque de se lancer. C’est tout l’objet de notre podcast : donner la parole, en profondeur et en conversation, aux créateurs, entrepreneurs, artisans, journalistes et experts qui construisent l’industrie de la mode africaine au quotidien. Plus de 100 épisodes ont déjà été enregistrés, avec des invités installés à Abidjan, Dakar, Casablanca, Antananarivo, Paris ou Cotonou, chacun racontant sans filtre son parcours, ses échecs et ce qui a fini par fonctionner. Le podcast est disponible sur Apple Podcasts, Spotify et Google Podcasts, en plus des retranscriptions publiées sur le site.
Ce dossier réunit les portraits les plus marquants, organisés par thématique : créateurs et maisons de mode, artisanat de luxe, beauté et parfumerie, business et conseil, médias et création digitale, engagement et écosystèmes de soutien. Pour l’actualité des marques et des Fashion Weeks, direction notre dossier mode africaine ; pour comprendre les fondations historiques du secteur, notre guide complet de la mode africaine reste la meilleure porte d’entrée.
Ce qui frappe à l’écoute de ces épisodes, c’est la diversité des trajectoires réunies sous un même format : certains invités dirigent déjà des entreprises de plusieurs dizaines de salariés quand d’autres démarrent tout juste leur première collection ; certains ont grandi sur le continent quand d’autres l’ont redécouvert depuis la diaspora, à Paris, Marseille ou Montréal. Cette diversité est volontaire — elle reflète une industrie qui ne se résume ni à un pays, ni à un genre de vêtement, ni à un seul modèle économique. Un designer autodidacte formé sur YouTube côtoie une diplômée de Harvard passée par McKinsey ; une anthropologue spécialiste du textile partage l’affiche avec un fondateur de festival de cinéma. C’est précisément cette diversité que ce dossier tente de restituer, thème par thème, plutôt qu’en une simple liste chronologique d’épisodes.
Créateurs et maisons de mode émergentes
Beaucoup de nos invités ont un point commun : ils ont appris le métier sur le tas, souvent loin des écoles de mode traditionnelles. C’est le cas d’Ibrahim Fernandez, designer autodidacte formé sur YouTube après le décès de son père, parti de sa marque “Zango” avant de fonder son label éponyme — c’est lui qui a conçu la tenue officielle des Éléphants de Côte d’Ivoire pour le Mondial 2026, avec une veste collector brodée main d’un emblème d’éléphant. Même trajectoire d’apprentissage sur le terrain chez Samuel Sauthier, cofondateur suisse de Bandama Clothing à Abidjan, qui a délaissé le commerce du ciment et le journalisme pour construire, depuis 2018, une marque passée de la sous-traitance à son propre atelier en 2021 et aujourd’hui distribuée dans plus de 40 pays, avec des marchés forts à Abidjan, en France, en Suisse et au Canada. À Abidjan toujours, William Mackenzie Kouakou a fondé Maison Kantys en 2019 en s’appuyant sur l’héritage de couturière de sa mère, après une reconversion depuis l’hôtellerie, avant d’associer son ami d’enfance Thierry Aguy à l’aventure pour se répartir communication digitale et développement commercial.
D’autres parcours partent de la mode institutionnelle pour se réinventer. Vanessa Azar, entrepreneure camerouno-libanaise formée entre Cameroun et Paris, est passée du blogging sur Skyblog à la direction de marques de luxe en Afrique de l’Ouest avant de lancer Muse Atelier en 2020, avec un conseil qu’elle répète à chaque jeune créateur : garder la même discipline qu’au premier jour et ne pas dépenser les premiers revenus dans autre chose que l’entreprise. Au Bénin, Eustache Ahomagnon, ancien mannequin issu d’une lignée royale, a fondé Vognon en fusionnant l’art vaudou sacré avec le streetwear de luxe, jusqu’à faire produire ses textiles à 100 % au Bénin après avoir découvert de faux bogolans sur le marché de Missébo — une exigence qui l’a mené jusqu’au programme d’incubation FLY porté par l’Institut Français de la Mode. En Côte d’Ivoire, Zak Koné a nommé sa marque Pelebe en hommage à son grand-père pour moderniser des techniques traditionnelles comme le drapé et le nouage à partir de matières locales. À Paris, Kassim Lassissi, d’héritage béninois et yoruba passé par Dior et Max Mara, a fondé Alledjo — “invité” en yoruba — dont chaque collection célèbre une destination différente à travers sa culture, sa faune et son architecture. Au Mali, Namissa Thera Sow a fondé la marque Ikalook, et à Madagascar, Jessica Solomon raconte comment elle a construit Seconde Main, une marque pensée autour du réemploi textile. Et au Sénégal, Roméo Mokani a fait décoller Romzy Studio en un temps record — campagne “Skinprint” contre la stigmatisation des maladies de peau, boutique “Le Bois Sacré” ouverte à Dakar en avril 2025, et une “Skin Dress” qui a habillé Ciara pour une couverture de Rolling Stone Africa.
Impossible enfin de parler de mode africaine sans évoquer Adama Paris, fondatrice du concept store parisien Saargale et figure historique du secteur, qui avait prédit dès 2020 l’essor d’une mode africaine “lumineuse” — une prédiction validée depuis par une Dakar Fashion Week résolument tournée vers la durabilité et l’innovation digitale, et qu’elle résume par une formule simple : “Passion + Organisation + Formation”. D’autres créateurs complètent ce panorama entrepreneurial, comme Maïmouna Kanté-Quentrec avec Maison Kanthé, Fatouma Allele Bally avec son Inaz Concept Store, Franck Niamien, directeur artistique et cogérant d’une maison ivoirienne, et Vincent Jacquemet, fondateur du concept Afrodyssée.
Artisanat de luxe et savoir-faire textile
Un autre fil rouge du podcast : la transformation de savoir-faire ancestraux en pièces de luxe reconnues à l’international. Après dix ans passés dans le marketing du luxe chez Van Cleef & Arpels, Laetitia Joly a cofondé Mad House, une maison malgache qui transforme le panier en raphia tressé en sac “Premium Plus” vendu entre 140 et 700 €, avec une équipe répartie entre Marseille, Madagascar et le Canada, et une présence dans des lieux de villégiature comme Saint-Tropez ou Miavana. Dans un registre plus social, l’entrepreneure italo-indienne Eileen Akbaraly a fondé Made for a Woman à 25 ans avec six artisanes ; l’entreprise emploie aujourd’hui plus de 1 000 femmes en situation de vulnérabilité, leur offre accompagnement psychologique et garde d’enfants, et collabore avec Chloé, Fendi et Bottega Veneta pour faire du raphia malgache un matériau de haute couture plutôt qu’un souvenir touristique — jusqu’à explorer la blockchain et l’IA pour tracer chaque pièce.
Cette matière première a aussi ses gardiennes de mémoire : l’anthropologue Anne Grosfilley consacre ses recherches au paradoxe du wax — un tissu européen devenu langage identitaire africain, une “mémoire des peuples” selon ses mots — à travers son projet documentaire Culture Pagne destiné à toucher les jeunes générations et la diaspora. L’artiste visuel Gombo, d’abord animateur puis documentariste à Château-Rouge, interroge lui aussi cet héritage complexe entre Afrique et Europe à travers des œuvres actuellement exposées au Musée de l’Homme, entre sérigraphie et réalité virtuelle. Sur le terrain de l’art contemporain, Daffa Konaté œuvre comme ambassadrice pour faire connaître les artistes du continent à l’international. À Madagascar, Eric Raisina porte les savoir-faire textiles malgaches sur la scène internationale, tandis qu’au Maroc, Julie Defudes œuvre comme ambassadrice de l’artisanat local et qu’Angeline Dangelser, installée depuis dix ans à Casablanca, a fondé le collectif Label Oued pour connecter créateurs et artisans marocains jusque-là isolés autour de projets communs. Complètent ce chapitre Linda Alves Nunes et son atelier Issé by Lita, ainsi que Christel Yapobi-Tano, cofondatrice de Kente Sky Spa.
Beauté, parfumerie et bien-être
Le podcast explore aussi l’envers du décor de la beauté africaine. L’Ivoirien Richmond Koffi, formé pendant deux ans et demi à Grasse auprès du maître parfumeur Arnaud Fourré après avoir grandi en observant sa mère composer des parfums rituels akan, dirige aujourd’hui deux entités — Richkoff Africa Team pour le branding olfactif B2B des hôtels et grandes entreprises, et Maison Richkoff pour le niche B2C, récompensée par le National Excellence Award 2024 — en cultivant lui-même ses matières premières sur plus de 275 hectares répartis entre Europe, Amérique du Nord et Moyen-Orient pour garder la main sur toute sa chaîne d’approvisionnement. Sur le segment du soin, Linda Dempah, diplômée de Harvard et ancienne consultante McKinsey, a fondé les Laboratoires Adeba après avoir découvert les dangers des produits capillaires chimiques, pour transformer le beurre de karité et l’huile de carapa ivoiriens en cosmétiques scientifiquement formulés — plus de 100 000 produits vendus dans le monde à ce jour, et le premier master en biocosmétique du continent. Notre article sur le déploiement d’Adopt Parfums en Côte d’Ivoire montre comment la marque française a adapté son concept de parfums multi-composables aux préférences locales pour des notes plus boisées et intenses, avec deux boutiques ouvertes à Playce Marcory et Playce Palmeraie à Abidjan.
Business, conseil et industries créatives
Beaucoup de nos invités opèrent en coulisses, là où se structurent les carrières et les marchés. Youssouf Camara, passé par des postes à responsabilité chez Décathlon et Kiabi avant de diriger la Maison de l’Afrique, y promeut la culture, l’art contemporain et l’entrepreneuriat africains avec pour mots d’ordre “vision, discipline et persévérance”. Doris Bello Castel, née au Congo-Brazzaville de parents nigérian et béninois et se définissant comme “ivoirienne de cœur et de culture”, dirige le cabinet L’Écrin et produit la série documentaire HERITAGES pour positionner l’excellence africaine comme un standard mondial plutôt qu’une exception — un travail de storytelling qu’elle décrit comme la condition pour qu’une marque de luxe africaine soit crédible sans jamais paraître artificielle. Marie Lora-Mungai, ancienne journaliste à CNN installée au Kenya depuis 2006 sans contact ni emploi à son arrivée, a depuis conseillé Netflix, Warner Bros et la Banque mondiale sur les industries créatives à travers 27 pays africains, notamment via le succès de sa série “XYZ Show”, suivie par plus de 10 millions de spectateurs, et une plateforme vidéo mobile rachetée par Trace en 2016.
Côté formation, Kéfil Saka dirige à Cotonou l’Africa Design School, première école de design francophone d’Afrique de l’Ouest, en partenariat avec l’École de Design Nantes Atlantique et l’Institut Français de la Mode, pour former des designers employables en digital, en graphisme et en design produit. Rose Poungom, alias Rosy Daily, a construit depuis 2017 un véritable écosystème — Ezinris Beauty, pionnière des perruques sans colle pensées pour la santé du cheveu plutôt que pour la seule tendance, le concept store Maison Ezinris et l’agence Essor Lab propulsée à l’IA — en n’hésitant pas à fermer ses boutiques physiques pour se recentrer sur le digital quand la stratégie l’exigeait. D’autres profils business complètent ce chapitre : Koura-Rosy Kane, stratège et consultante mode, Christel Pinaud, experte en développement commercial, Marc Konan, directeur de Cofina Services France, Alia Baré, à la croisée de l’entrepreneuriat et du design, et Siti Ben Boina, en charge du programme d’incubation FLY de Sèmè City au Bénin.
Médias, contenu digital et création
La mode africaine se raconte aussi à travers ceux qui la mettent en récit. Marie-Madeleine Coumakh Diouf, alias Queen Serere, est passée par Swatch et Hugo Boss avant de rentrer au Sénégal en 2020 et d’y constater le potentiel des marques locales, freiné par l’absence de stratégie digitale ; elle accompagne depuis plus de 400 créateurs via la plateforme Ananse Africa, tout en portant la marque familiale Sisters of Africa. Elna Edimo, forte de quinze ans d’expérience chez L’Oréal, a fondé l’agence Nu Voice pour mettre l’intelligence artificielle générative — mannequins virtuels, essayage virtuel, musique générée par IA — au service d’une représentation plus inclusive de la mode et de la beauté, en s’imposant des garde-fous éthiques contre les biais algorithmiques. Ancienne directrice des programmes de Canal+ Afrique, Mame Dorine Gueye a lancé en 2022 le magazine Étoile Africaine, aujourd’hui distribué dans les aéroports et librairies de plusieurs pays après plus de 22 numéros publiés, avec un engagement affirmé pour le leadership féminin et la santé publique sur le continent.
Le septième art n’est pas en reste, avec Serge Noukoué, fondateur du festival Nollywood Week, et Rabi Taabara Yansané, co-réalisatrice du documentaire African Styles. Sur le volet édition et journalisme, on retrouve Justine Sow, autrice de “Wax Paradoxe”, Mina Binebine, engagée pour la préservation du patrimoine marocain, et Hamza Tazi, fondateur de Oh Man Magazine. Enfin, deux profils plus singuliers complètent ce chapitre créatif : Eddy Ekete, dit “l’homme canette”, et Amélie Essesse, voix d’une architecture éco-responsable et identitaire en Afrique.
Engagement, impact social et écosystèmes de soutien
Enfin, plusieurs invités portent des projets où la mode devient un levier d’impact social plutôt qu’un simple objet commercial. Léa Ouattara a fondé l’association YahDêmin, Ange Nguedia Djoumessi dirige l’association OPKA, et Elise Sormani, experte RSE basée au Cap, accompagne les marques africaines vers des pratiques plus responsables tout au long de leur chaîne de valeur. Sur le terrain événementiel, Georgette Griffiths, cofondatrice de la Fashion Week by Elie Kuamé, et Dorine X Mboumba, mannequin internationale devenue entrepreneure, montrent que les carrières dans la mode africaine prennent des chemins de plus en plus variés — du podium à l’entrepreneuriat, de l’associatif au conseil stratégique, de la boutique de quartier à la scène internationale. Ce que ces derniers parcours ont en commun avec l’ensemble des invités du podcast, c’est le refus de choisir entre impact et ambition commerciale : chacun, à sa mesure, démontre qu’une entreprise de mode africaine peut être rentable et engagée à la fois, sans que l’une de ces dimensions ne vienne diluer l’autre.
En résumé
Créateurs autodidactes, artisans de luxe, expertes en biocosmétique, consultants en industries créatives, journalistes et voix engagées : le podcast Africa Fashion Tour donne un visage humain à chacun des sujets que nous couvrons par ailleurs dans nos dossiers thématiques. Ce qui ressort, épisode après épisode, c’est la récurrence de certains obstacles — accès au financement, scepticisme des marchés locaux sur la valeur du “made in Africa”, difficulté à recruter des artisans formés aux bonnes techniques — mais aussi la récurrence des solutions : s’appuyer sur un savoir-faire familial plutôt que de l’ignorer, accepter de recommencer sa production plusieurs fois avant de trouver le bon partenaire, et construire une communauté avant de construire un catalogue. Ce sont ces constantes qui, mises bout à bout, dessinent les contours d’une industrie encore jeune mais déjà structurée.
De nouveaux épisodes viennent régulièrement enrichir cette galerie de portraits — ce dossier sera mis à jour au fil des enregistrements pour continuer à refléter la diversité des voix qui font la mode africaine aujourd’hui. Pour prolonger l’écoute par la lecture, retrouvez l’actualité des marques et des événements dans notre dossier mode africaine, les tendances beauté dans beauté africaine, les coulisses économiques du secteur dans business de la mode africaine, et la scène artistique dans art africain contemporain.
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